La Flûte traversière

Salomé HASSLER
Professeur de flûte traversière à l'Ecole de Musique de la Région de Dannemarie
vous propose des liens intéressants pour vous documenter sur son instrument.
Présentation de la Flûte traversière en cliquant sur le lien ci-dessous
La flûte traversière et le Jazz
Longtemps assimilée à la musique classique, la flûte fait une entrée relativement tardive dans le domaine du jazz, notamment à cause de sa faible puissance sonore.
Le premier solo de flûte enregistré date de 1927, et est l'œuvre du flûtiste et clarinettiste cubain Alberto SOCARRAS.
Toutefois, c'est Wayman CARVER (1905-1967) qui est généralement considéré comme le premier flûtiste de jazz.
Durant les années 40, la flûte est fort peu utilisée comme instrument solo : parmi les rares jazzmen à enregistrer avec cet instrument, on peut citer Harry KLEE et Jerôme RICHARDSON (Kingfish avec le big band de Lionel Hampton, en 1949).
Les choses vont cependant changer dans les années 50, particulièrement avec l'apparition du cool bop ; en effet ce courant musical, bien que relativement éphémère, a fortement contribué à l'acceptation de la flûte dans le jazz, notamment grâce à des musiciens tels que Bud SHANK et Buddy COLLETTE.
D'autre part, les progrès réalisés à cette époque dans le domaine de l'amplification ont pour conséquence que de plus en plus de jazzmen (des saxophonistes pour la quasi-totalité) s'intéressent à la flûte : parmi eux : Frank WESS (dans l'orchestre de Count Basie), Sam MOST, James MOODY, Paul HORN et Herbie MANN.
Ce dernier, le plus populaire, est l'un des premiers jazzmen à abandonner le saxophone pour se consacrer exclusivement à la flûte. Il s'intéresse beaucoup aux musiques latines (dans lesquelles la flûte joue un rôle important), et sera l'un des premiers jazzmen à enregistrer un album de bossa nova.
En 1956, la revue américaine Down Beat introduit une catégorie " flûte " dans son célèbre classement des meilleurs musiciens de l'année, ce qui prouve que l'instrument commence à être accepté dans le domaine du jazz.
Les années 60 voient apparaître quelques flûtistes de grand talent: Eric DOLPHY, Hubert LAWS, Yusef LATEEF, Sahib SHIBAB, Roland KIRK et Jeremy STEIG
Ils utilisent abondamment la technique consistant à jouer et chanter simultanément dans l'instrument. Cette technique est particulièrement intéressante, car elle permet de gagner aussi bien en volume sonore qu'en expressivité.
Le succès d'Hubert LAWS, à la fin des années 60, marque une étape importante pour les flûtistes de jazz. Doté d'une solide formation classique, LAWS possède une sonorité d'une grande pureté, une technique irréprochable, ainsi qu'une grande rigueur de jeu.
Suivant son exemple, de nombreux saxophonistes qui "doublent" à la flûte entreprennent de perfectionner leur technique sur cet instrument ; parmi eux : Joe FARRELL, James SPAULDING et Lew TABACKIN.
Parallèlement, au début des années 70, la flûte fait son apparition en rock, avec entre autres représentants Ian ANDERSON du groupe Jethro Tull, Tjis VAN LEER de Focus, et les saxophonistes-flûtistes Dick MORRISSEY et Dave QUINCY, tous deux membres de If.
Réciproquement, certains flûtistes de jazz incorporent dans leur musique des éléments de rock ; ainsi Jeremy STEIG (avec le groupe de jazz-rock Jeremy and the Satyrs) utilise des effets électroniques pour modifier le son de l'instrument, et Herbie MANN enregistre à Memphis en compagnie de musiciens de rythm&blues (le mythique Memphis Underground, en 1969).
Dans les années 80, les jazzmen à se consacrer uniquement à la flûte se font de plus en plus nombreux.
James NEWTON, virtuose incroyable doté d'une solide formation classique, intègre dans son jeu de nombreux effets issus de la musique classique contemporaine : voix, multiphoniques, respiration circulaire, bruits de souffle ou de clés, micro-intervalles …
Dave VALENTIN est pour sa part très influencé par la musique latine, mais également par le funk, le pop et le rythm&blues.
Steve KUJALA, moins connu que les deux précédents mais non moins important, est passé maître dans l'art du glissando . Ses enregistrements les plus intéressants sont certainement ceux réalisés avec le pianiste Chick Corea (Again and Again, en 1982, et Voyage, en 1985).
De nos jours, nombre de jazzmen, dotés pour la plupart d'une technique irréprochable, se consacrent exclusivement à la flûte.
En Angleterre, Phillip BENT, grand admirateur d'Hubert LAWS, mais aussi de Miles DAVIS et de Michael JACKSON, propose un jazz teinté de funk, de soul et de hip-hop.
A Cuba, le virtuose Orlando " Maraca " Valle a ouvert la musique traditionnelle cubaine au jazz, au blues et même au funk.
En France, Malik MEZZADRI (surnommé à juste titre " Magic Malik "), au côté de Julien LOUREAU ou de St-Germain comme dans sa propre formation (le Magic Malik Orchestra), pousse l'instrument dans ses derniers retranchements, en particulier par son utilisation de la voix.
En Suisse, Mathieu SCHNEIDER, notamment au sein du groupe Inside Out, associe une incroyable maîtrise des effets (voix, souffle, etc.) à un jeu très souple et dynamique, axé essentiellement sur le groove.
Tous ces flûtistes continuent aujourd'hui à étendre le territoire et les possibilités de la flûte